CONTENT="rebetiko,musique grecque,bouzouki,mangkes ,rebetes,"/>

Pour faire connaître le rebetiko , une musique grecque passionnée et passionnante , trop peu connue en France et qu'il ne faut surtout pas confondre avec le Sirtaki créé par Theodorakis pour le film "Zorba le grec"

22 décembre 2012



Καλά Χριστούγεννα -

 Καλή Πρωτοχρονιά


Joyeux Noël-

Bonne année 2013

17 octobre 2012

REBETIKO, UN CHANT GREC




Présentation du livre

Comme le blues, comme le fado, mais beaucoup moins connu qu'eux, le rébètiko
est un chant de déracinés s’épanouissant comme une fleur sauvage sur l’asphalte
des villes. Les Français qui connaissent le terme le confondent souvent avec le fameux
sirtaki qu’il inspira à Théodorakis pour le film « Zorba le Grec ». À ses débuts, véritable
liturgie profane, avec ses codes et ses rites, célébrée autour du hasch, de la musique,
de la camaraderie et de l’amour par des hommes, puis des femmes, fiers et libres
de toute entrave, le rébètiko, porté par ses deux instruments fétiches, le bouzouki
et le baglamas, fut la voix d’un sous-prolétariat urbain pendant les soixante premières
années troublées du xxe siècle en Grèce. D’abord réprouvé, honni puis durement
censuré, il sortit de l’ostracisme en 1949 grâce à Manuel Hadjidakis, l’auteur des
Enfants du Pirée, qui dans une conférence mémorable le compara à la tragédie grecque
antique. Devenu de nos jours le chant de toute une nation, véritable institution dans
son pays, où il est joué partout par de jeunes compagnies, il fait l’objet d’études nombreuses,
de polémiques, de films, de « chats » passionnés sur Internet… C’est l’histoire
captivante de ces Villon modernes et de leur musique qu’Eleni Cohen nous propose.
Un livre qui manquait en français et que les amateurs de rébètiko attendaient…


Les rébètika du CD
Le livre Rébètiko est assorti d’ un CD contenant 22 rébètika
 Il était essentiel, en effet qu’un CD accompagne le livre pour faire connaitre cette magnifique chanson qu’on entend pas souvent en France.
Vous trouverez toutes  ces chansons rébètiques présentées en bi-lingue dans le livre, dans un chapitre à part, avec un commentaire sur le rapport texte musique pour chacun d’eux tandis qu’une dizaine   d’autres rébètika qui n’ont pas pu, faute de place  se trouver sur le CD (le choix fut très difficile tant ils sont tous superbes) font l’objet d’un autre chapitre.
1 Η φωνή του αργιλέ(I foni tou argilé ) Papazoglou /Perpiniadis- 1932 …………………3.04
Μόρτισσα και αλάνης (Mortissa ké alanis) Dragatsis193? (Babis Golès2002)*………2.38
3 Γιατί να με γελάσεις(yiati na mé yelassis) Skarvélis1937 (Rita Abatzi) …………….3.14
Τεκετζής (Tékétzis) Péristèris 1934   …………………………………………………...3.08
Που να βρω γυναίκα να σου μοιάζει (Pou na vro gynaika na sou moiazeDalgas1934..3.03                                                                                                             
Tekέ της μαριγώς  (Téké tis Marigos) Péristèris/Makris 1933 (.Nicolas Syros2005**..3.13
Πέντε μάγκες στο περαία (Pende mangkés sto Péréa) Tsaous1936(.N.Syros)2005** 3.15
Της πόλης το χαμάμ  (Tis polis to hamam) Délias1936 …………………………….  .3.13                                                                                                               
9  Φρανκοσυριανή (Frankosyriani) Vamvakaris1936   ……………………………….  ..3.11
10  Ο θερμαστής  (O thermastis) Batis1936   ………………………………………….  ..3.20
11 Παραπονούνται οι μάγκες μας (Paraponoundai i mangkés mas ) Tsaous 1936…..  ..3.22                                                                                  
12Ρίξε τσιγγάνα (Rixé tsigana) Vamvakaris1937 …………………………………………3.06                                  
13Σούρα και μαστούρα   (Soura ké mastoura) Délias1936 (Nicolas Syros 2005)**…….3.06                                                                       
14 Ο καιξής  ( O kaïxis ) Hadjichristos/Fotidas1939 …………………………………… ..3.13
15  Αχάριστη ( Aharisti ) Τsitsanis1942   ………………………………………………. ..3.17
16 Σαλταδόρος ( Saltadoros)  Génitsaris1942  …………………………………………... 4.01
17  Όλοι οι ρεμπέτες του ντουνιά  (Oli i rébètés tou dounia) Vamvakaris1938 ………….3.13                                                                                                      
18 Πριν το χάραμα  (Prin to harama) Papaïoannou/Vassiliadis 1949 ………………… ...3.22                                 
19  Μπαξέ-Τσιφλίκι (Baxé-Tsifliki) Tsitsanis1946   …………………………………… ..3.06
20 Μου'φαγες όλα τα δαχτυλίδια (Mou’ fagés ola  ta dahtilidia) Μitsakis1949(S.Bellou)3.19   
21 Σαν μαγεμένο  (San mayemèno) Bayadèras1940 …………………………………    ..3.19
22  Τα ματόκλαδα σου λάμπουν (Ta matoklada sou lamboun) Vamvakaris1960…….. ..3.04

*Μια ζωή ρεμπέτικα 1 Mia zoï rébètika 1, Babis Golès (chant bouzouki) 2002 legend recordings 2201151452
**Ξεχασμένο ταξίμι Ksekasmèno Taksimi  Nicolas Syros (chant bouzouki)  éditeur Néfèli 2005

L’auteur : Élèni Cohen, pianiste et musicologue, née à Marseille, diplômée d’esthétique musicale au CNSM de Paris, de lettres et de grec moderne, a voulu appréhender au plus profond la musique rébétique en suivant l’enseignement de Nicolas Syros,virtuose du bouzouki, cet instrument au destin singulier dont la pratique était traditionnellement réservée aux hommes. Elle donne régulièrement des conférences illustrées de concerts de rébètiko pour faire partager sa passion au public français.Elle anime un blog sur internet :http:// rebetikobiblio.blogspot.com/
.


Site de l’éditeur www.christianpirot.com/

01 janvier 2012

Bonne Année à tous, Χρόνια πολλά γεμάτα υγεία και αγάπη

Voici un enregistrement d'une chanson peu connue de Markos Vamvakaris qui met en garde la lune contre les dangers de fréquenter la terre et ses habitants.

Que cette chanson ne nous désespère pas mais exacerbe seulement notre vigilance en ces temps troublés et nous permette ainsi de passer une année des plus douces.


ΦΕΓΓΑΡΙ ΑΝ ΕΙΣΑΙ ΛΑΜΠΕΡΟ,

Χιλιάδες χρόνια στα ψηλά, συντρόφους έχεις τ' άστρα

απόφευγέ τηνε τη γη, γιατί ναι ξελογιάστρα,

ποτέ μη θες φεγγάρι μου, ανθρώπους να γνωρίσεις,
γιατί τα βάσανα της γης και συ θα τ' αποκτήσεις.

Ανθρώπου μάτι μη σε δει, φεγγάρι μου να ζήσεις,
γιατί αν είσαι λαμπερό, χωρίς να θες θα σβήσεις,
κάτσε στην ησυχία σου, και μεσ'στην μοναξιά σου,
όλη της γης ζηλεύουνε, να δούνε τα καλά σου.

Παρτίδες με τους άνθρωπους, στο λέγω μην ανοίξεις,
γιατί σκληρά θα πληγωθείς και θα μετανοήσεις,
οι άνθρωποι είναι κακοί, στη γήινη τη σφαίρα
κι από τη γη δεν πρόκειται, να δεις μιαν άσπρη μέρα.

Πίκρες, καημούς και βάσανα, θα έχεις πρώτoi φίλοι,
ποτέ δεν θα γελάσουνε, τα δυο γλυκά σου χείλη
κι αν είσαι τόσο πλούσιο, μην έχεις εμπιστοσύνη,
οι άνθρωποι δεν γνωρίζουνε, ποτέ τους καλωσύνη


LUNE SI TU ES BRILLANTE,

Depuis des milliers d’années tout en haut les étoiles ont des copains

Evite la terre parce qu ‘elle est séductrice

jamais ne veux, ma lune, connaitre des hommes

parce que tu acquerras les tourments de la terre.


Qu’un œil d’homme ne te vois pas, ma lune que tu vives

Parce que bien que tu sois brillante sans que tu veuilles t’éteindre

Assieds- toi dans ton calme et dans ta solitude

Ils sont jaloux partout de la terre dès qu’ils voient tes beautés.


Dans tes relations avec les hommes je te dis de ne pas l’ouvrir

Parce que tu te blesseras durement et te repentiras

Les hommes sont mauvais sur la sphère terrestre

Et de la terre tu n’es pas près de voir un jour brillant.


Amertumes, chagrins et soucis tu auras d’ excellents amis,

jamais ne tromperaient tes deux douces lèvres

Et bien que tu sois si opulente ,n’aie pas confiance

Les hommes ne connaissent jamais de bonté.





20 juillet 2011

Quelques rebetika cités dans l'article suivant: le rebetiko

Vamvakaris emploie pour une rare fois le mot rébète dans sa chanson Ολοι ρεμπέτες του ντούνια (Tous les rébètes du monde)

Dimitri Gogos dit Bayadéras chante Πάντα με γλυκό χασίσι(Toujours avec mon doux haschiche)et nous y fait entendre à la fois les termes de rebetiki et de mangkika.

Yovan Tsaous chante son rébètiko: Πέντε μάγκας στο Περαία (Cinq "durs" au Pirée)

Sotiria Bellou interprète la chanson de Tsitsanis "Κάπια μάναναστενάζει" (Une mère soupire) En surimpression des photos représentant la chanteuse on voit un homme danser le zeïbekiko.
Vamvakaris introduit son rebetiko Τα ματοκλάδα σου λάμπουν(Tes cils brillent) par un taxim

Markos chante sa fameuse Francosyriani où il nous raconte la promenade qu'il aimerait faire avec une douce fille dont il est amoureux et qui comme lui est une franque c'est à dire une catholique de Syros son île natale.

30 mai 2011

Le Rébétiko

Chanson de rebelle devenue enjeu identitaire national pour les grecs le rebetiko est la synthèse des plus abouties de ce qui a fait la musique grecque depuis des siècles. "Dionysos chanté par Apollon"
Son acte de naissance est encore parfois l'objet d'affrontement entre ceux qui le situent au Pirée et dans les grands centres urbains de Grèce ,voire dans les prisons(mourmourika)et ceux qui le veulent plus "oriental"et plus "cultivé" né dans les villes grecques d'Asie Mineure comme Constantinople et Smyrne.
L 'histoire des rebetika s'inscrit dans l'histoire de la chanson grecque lorsque celle ci quitte les iles ou la campagne à la fin du XIX pour la citée industrialisée .Comme le fado ou le jazz ,le raï, le rebetiko est un chant de déracines une fleur sauvage dans l'asphalte des villes qui s'épanouit dans les couches populaires et marginales les plus défavorisées où misère, chômage, travail intermittent ,vagabondage (le terme rébète s'y réfère peut-être )drogue alcool, larcin cambriolage ou pire encore meurtre, sont le lot quotidien. Le monde des rébètes est un monde clos celui des bas quartiers des tékés, de la taverne, voire de la prison.

Au Pirée les rébètes fréquentent" le Milieu", vivent dans le monde clos de ceux qui se reconnaissent entre eux par leur habillement et leurs mœurs. Les premiers Rebetiko sont anonymes et se jouent surtout dans le milieu carceral à la fin du XIX s.

Pendant ce temps en Asie Mineure à Smyrne et Constantinople d'autres musiciens plus cultivés et raffinés pratiquent une musique plus savante, écoutent l'opéra italien, fréquentent des milieux multi -ethniques. Piraiotiko et Smyrneïko n'auraient jamais du se rencontrer mais l'histoire en avait décidé autrement. la « Catastrophe » d'Asie Mineure qui fut un grand malheur pour la Grèce ,fut une bénédiction pour le rebetiko! Epiphénomène de la création d'un prolétariat urbain entre la fin du XIX siècle et les années 1950 le rébetiko en plus des apports multi ethno-culturels dus au brassage des populations s'est en fait enrichi de l'arrivée des réfugiés d'Asie Mineure après la "Catastrophe "de 1922. Bien que son histoire se confonde avec la période la plus tragique qu'ait vécu la Grèce, des guerres balkaniques jusqu'à la dictature des colonels en passant par l'expulsion des grecs d'Asie Mineure ,la dictature de Métaxas, l'occupation allemande italienne bulgare et la guerre civile, le rebetiko a su s'adapter,voire profiter pour son développement des circonstances dramatiques environnantes:par exemple des censures dont il a fait l'objet.

Le rebetiko profite aussi tout de suite d'un invention nouvelle :l'enregistrement phonografique d'abord en Turquie puis aux USA où quelques émigrés enregistrent. C'est d'ailleurs le disque qui est à l'origine du nom rebetiko:la première chanson estampillée ainsi fut enregistrée à Constantinople en 1924 par la compagnie "Favorite"cette aimable bluette avec son titre, o combien évocateur de "Tiki tiki tak" n'a en fait rien avoir en fait avec du rebetiko,mais ce disque étant prévu pour l'auditoire américain a pu lancer le label "rebetiko"outre atlantique avant de revenir ensuite en Grèce.
En Grèce la production de disques de rebetiko commence vers 1935 grâce à des réfugiés d'Asie Mineure (Peristeris Toundas,Matsas ) devenus directeurs artistiques des grandes compagnies Odeon Parlophone et "la Columbia". Ils vont faire enregistrer leurs nouveaux amis d'infortune. Ainsi Vamvakaris grave "Επρεπε να ερχόσουνα μάγκα μές στόν τέκε μας "(Il faut mangas que tu viennes dans notre téké)" et ces chansons deviennent rapidement des "tubes" dans les couches populaires. Elles sont aussi diffusées sur les ondes.


Ainsi propagé dans le pays le Rebetiko est "mal vu," il fait l'apologie du haschich, sur de la musique qui paraît orientale au moment où le pouvoir en Grèce avec la dictature de Métaxas prône ce qui est "clean" et occidental.

Puis c'est un chant d'irréductibles qui parle de la misère du peuple : ni nihilistes ni anarchistes ni révolutionnaires :aucun mouvement politique ne peut le récupérer. Le rébète qui est avant tout rebelle ,ni dominant ni dominé est un électron libre qui constitue un danger pour tous les pouvoirs établis .Dès lors il est durement pourchassé , les textes de ses chansons connaissent la censure. Des listes de rebetiko interdits paraissent dans des décrets officiels et fait rarissime dans l'histoire des instruments ,le bouzouki et le baglama son petit frère sont systématiquement détruits lorsque la police attrape les Rébètes en possession de tels instruments. Parce qu'ils sont directement assimilés au rebetiko et au hashisch( ironie du sort le bouzouki va devenir trente ans plus tard l'instrument emblématique de la Grèce!) Vamvakaris dans ses mémoires nous parle ainsi de son instrument."Vous n'avez pas idée de la réprobation que le bouzouki provoquait ici " "Il était l'instrument des voleurs,des meurtriers,des condamnés à mort et aujourd'hui n'importe qui lui pince les cordes sans y penser. Moi dès que je tiens le bouzouki,c'est une chose sacrée parce qu'il est sorti de telles situations. La police le chassait et pour cela me poursuivait aussi moi.Le bouzouki ne voulait pas prendre d'importance,il en a pris quand même".Dans un Zebeïkiko de 1946 Markos raconte comment » les riches qui avaient causé de graves ennuis au bouzouki maintenant lui ont déroulé le tapis rouge l'ont placé deux gammes plus haut que le violon. il est monté par l'ascenseur dans les salons bourgeois et les dames "enfants-gâtées"(en français dans le texte) se sont pâmées de plaisir en l'écoutant » . Il termine la chanson en disant "Maintenant mon bouzouki tu vas monter encore plus haut , tu iras jusqu'à Mars et le dieu Apollon t'appréciera aussi."Belle promotion en effet .Dans les années 70,le Rebetiko deviendra une référence pour tout le peuple grec(y compris la bourgeoisie athénienne)parce que malmené par les années d'occupation, de guerre civile et de dictature,il trouve dans cette expression de la misère et du malheur un écho à sa propre souffrance,mais aussi le souffle de liberté qui lui fait défaut et que ces Rébètes,hostiles à tout embrigadement surtout politique font passer dans leurs chansons. Ainsi le Rebetiko sera une source de soutien pour résister aux colonels,les prisonniers dans les îles le chanteront avec des paroles plus ou moins cryptées comme cela c'était déjà produit pendant l'occupation allemande .Théodorakis le découvrira lors de son emprisonnement dans l'île sinistre de Makronissos et s'en inspirera pour créer le fameux sirtaki.


Plus qu'une simple chanson , le Rebetiko représente un mode de vie celui des Rébètes, mot dont on ne connaît pas la véritable signification, l'origine du mot reste incertaine,elle est antérieure au rébétiko. On le trouve en effet dans un distique d'une chanson démotique de Nisyros dans le dodécannèse : "Αντε να ρεμπελέψουμε,ρεμπετες να γενούμε," να μας 'γαπούν μελαχρινές,να τις περιφρονούμε" "Allons rêver,rébètes devenons ,que les brunes nous aiment ,que nous les méprisions". Le mot signifie(entre beaucoup d'autres significations "rêveur" rêveurs d'un monde meilleur),des gens pauvres mais très dignes héritiers des bandits d'honneur de la guerre d'indépendance qui chantaient eux la chanson klephtique. Le qualificatif rébète n'est d'ailleurs que rarement employé dans les chansons,"Ολοι ρεμπέτες του ντούνια"(Tous les rébètes du monde)(Vamvakaris1938) "Ο Αντόνης ο βαρκάρης"( Antoine le batelier)(Peristeris 1937) "Οι ρεμπέτες" (Les rébètes) (Hazichristos 1938) "Παντά με το γλυκό χασίσι"(Toujours avec mon doux haschiche)( Bayaderas 1935) . ils préfèrent de toute façon se nommer Daïs, Pallikare,Alanis, Mortis, Derviche et, encore davantage Mangas. Les Rebetika sont d'ailleurs appelées quelquefois Mangika ce qui finalement est plus proche de la réalité. Pour les gens bien pensant le mangas est un homme aux moeurs très(trop)libre et aux activités louches,pour les rébètes c'est un homme qui sait vivre, aime les belles choses, faire la fête ,un homme tranquille qui ne recherche ni argent ni profit ,qui peut être violent seulement si on l'agresse,un homme d'honneur.
Les Rébétes vivent entr'eux ,ont leur argot, leurs rites, leurs codes, leur façon de s'habiller. Ils constituent une véritable culture en marge de la société grecque et revendiquent leur marginalité. Ce ne sont pas des idéalistes,ils connaissent la vie.
Si la plupart sont mariés et bon pères de famille ,ils passent le plus clair de leur temps avec leurs copines des femmes très libres pour l'époque mais , pas des prostituées : ce sont les Rebetissa, elles interprètent leurs chansons dans les "tékés"(tavernes)et comme eux, fument le haschich et pratiquent l'amour libre,quelque fois même la « castagne ». Ensemble ils ont le culte de la beauté, de la fête et de la camaraderie, aucune jalousie entre rébètes, ni concurrence, (ce qui pose problème pour savoir quelque fois qui est le véritable auteur d'une chanson) et par dessus tout ils vénèrent leur instrument le bouzouki (en version miniature le baglama)qui les console de tous leurs malheurs et à qui ils confient leur amère nostalgie(kaïmos).

Le rebetiko ne décrit pas de fait heroïque contrairement à la chanson klefhtique? il ne parle que de l'humaine condition sans fard. Peu de chansons politiques aucune chanson grivoise( si, une, où le rébète parle de son pénis qui vieillit avec le temps)


Les thèmes principaux sont:

L'amour magnifié ou déçu:(séparation,trahison)avec des personnages de rebetissa très en avance sur l'époque. représentées souvent comme belles mais autonomes ,libres et indépendantes donc cruelle.

Le hasch ,l'alcool la taverne et ses rites:les chansons sur la drogue )appelées « Hassiklidika »sont les plus nombreuses jusqu'en 1936. Si elles font l'apologie du hasch, elles mettent par contre en garde contre les méfaits de la drogue dure .Evangélis Papazoglou se montre très explicite à ce sujet: j'ai passé un bon moment avec le" petit noir" que j'ai pris,tandis que la" préza"est un poison pour les entrailles qui l'on absorbée" (Ο Λαθρέμπορας 1935 ).
De même en 1935 un très intéressant rebetiko de Yovan Tsaous "Πεντε Μάγκες του Περαία " raconte comment cinq "durs" du Pirée ont maille à partir avec un tenancier de taverne qui malgré le prix payé ne leur a pas mis de hasch dans leur narguilé mais seulement du tabac. Ils l'apostrophent en lui disant "Tu nous a pris pour des enfants sous entendu "qui ne connaissent pas le hasch et ne font pas la différence", puis plus cocasse apparemment "Tu nous a pris pour des drogués" ici le mot"drogué" est employé comme une véritable insulte. En effet le rébète méprise les drogués qui mettent leur santé et leur vie en péril sans partager aucunement l'hédonisme du vrai mangas dont l'idéal est de bien vivre.Bien sûr à l'époque ils ignoraient les dangers pour leur santé de leur addiction au haschiche même fumé à la pipe à eau. Ainsi Vamvakaris dans ses mémoires vante les mérites du narguilé qui filtre le tabac contrairement au "joint" .Les rébètes ajoute-t'il ne fumaient pas la cigarette ou le"joint" mauvais pour la gorge. Anestos Delias fut un des rares rébètes devenu" accro" à l'héroïne, ceci par la faute de sa petite amie, une prostituée dont il s'était amouraché, qui l'avait amené là, à son insu, en le faisant priser lorsqu'il dormait .Quand il était en manque il vendait ses vêtements et tout se qu'il possédait, même son bouzouki pour acheter de la drogue .Il était en loques. Les tentatives désespérées de ses amis pour l'aider comme Genitsaris qui l'avait même enfermé pour le désintoxiquer et l'éloigner de sa funeste compagne, furent vaines .Dans un rebetiko prémonitoire, décrivant sur lui les effets néfastes des piqûres d' héroïne, il s'était prédit à lui même une fin tragique dans la rue ,par overdose.


La mère :l'abnégation de leur mère seule à la maison, jamais le père ,il est absent (le rébète se veut en rupture ,) La figure de la mère en mater dolorosa martyrisée par son rébète de fils ,qui implore sa clémence son soutien ou qui l'interroge sur le sens de sa vie misérable"Maman pourquoi tu m'a fait naître"(Rovertakis) Maman ne me juge pas, ne pleure pas, ne me maudit pas( Delias μάνα μη με καταρίεσαι 1936)"Maman ne me renie pas pour les crimes que j'ai commis" :Genitsaris 1953 même titre. L'avis d'une mère est important pour le rébète ainsi Skarveli interroge sa petite amie "Que t'as dit ta mère à mon sujet".

Pendant la guerre civile en 1948 la chanson de Tsitsanis "Κάποια μάνα αναστενάζει"(Une mère soupire) qui brosse le portrait d'une mère anxieuse dans l'attente de nouvelles de son fils obligé de partir ,sera interdite accusée de détruire le moral des troupes.


Les lieux et les villes
: surtout Thessalonique et les quartiers pauvres d'Athènes et du Pirée.
La "xenitia"ou douleur de l'expatriation obligée, souvent aussi liée à la mère qui attend le retour du rébète, la femme elle, se consolant souvent dans les bras d'un autre.

La pauvreté, la chienne de vie mais la pauvreté digne (titre d'une chanson)

La maladie surtout la phtisie.
La mort personnifiée souvent par Hadès ou Charon à laquelle ils opposent bravade ou résignation. ( Le rébète ne croit en aucune religion et pourtant le rébète est un mystique. Ce n'est pas un hasard s'il emprunte son vocabulaire aux Derviches Tourneurs,secte religieuse turque qui officie dans les " tékés"mot employé aussi par les rébètes pour désigner l'endroit où ils fument le narguilé chantent et dansent. l'emploi d'un tel vocabulaire laisse à penser que les rébètes se considéraient comme une confrérie quasi religieuse qui inspire le respect avec ses lois et coutumes. Markos Vamvakaris lui même nous le dit dans ses mémoires p.123 :" Pour nous c'était une grande chose de se faire appeler derviche, nous comprenions gentil garçon, intelligent, tranquille. Tout ce qu'il fait est sage, bon. Petit derviche: ce mot est turc et de plus il veut dire qu'on est un pope, ou plus encore, un moine. Tu vois ce que ça peut produire dans notre esprit !" Le rapprochement avec les Derviches peut se faire sur la base du Zebeïkiko ,danse où l'on tourne ,comme les derviches sous l'effet de la drogue. De plus même s'il n'est jamais accolé au mot derviche le verbe "tourner" (γυρίζω)est un des verbes préféré des rébètes! souvent avec le sens de vagabonder ,errer, aller de place en place.

L'amitié et des portraits de personnages célèbres ou de rébètes

Les chanson sont souvent de petits tableaux racontant une histoire vécue par le rébète lui même . Chaque rebetiko est un cri ou une confession publique personnelle de celui qui le compose et qui le chante.le rébète dit "je" dans des chansons autobiographiques,véritables confessions devant ses copains à la manière d'une psychanalyse de groupe devant le cercle resserré de ses amis qui comprend son argot et qui danse sur le rythme de ses chansons le hassapiko danse de camarades (danse à l'origine de la confère des bouchers de Constantinople) et surtout le zeïbekiko (danse chtonienne réminiscence dionysiaque dont le nom réfère aux guerriers zebeïk )où le danseur s'expose dans une danse solitaire qui exprime tout son « kaïmos » mot intraduisible (chagrin, nostalgie, douleur intime, aspiration mystique, vague à l'âme.)

La musique , le bouzouki et le baglama
Aucune généralite dans les textes, le rébète se positionne toujours face au monde cruel comme pour un combat avec l'ange,le démon(la femme) la mort (Hadès) même s'il change souvent d'avis au rythme des joies et des peines, même s'il fuit ce monde cruel par la drogue, sa seule vraie consolation(parigoria) il la trouve dans l'amitié mais surtout dans la musique avec son compagnon de combat le bouzouki. Kaplanis écrit en 1950 "Pleure mon bouzouki comme pleure mon cœur tu es ma seule consolation écoute mes peines "une sorte de demande de thérapie là aussi!
Le plus souvent Le vers utilisé est le vers de 15 pieds, le fameux vers politique(au sens de citoyen, public comme on dit fille publique nous dit Mario Vitti) composé de 2 hémistiches inégales(vers de la chanson folklorique rythmé par l'accentuation du mot et non par la durée des syllabes ) si la deuxieme stophe est répétée c'est avec une terminaison musicale différente. (Φρανκοσυρίανη )les vers peuvent aussi être croisés (τα ματόκλαδα σου λαμπουν )les paroles mélangent plusieurs niveaux de langues(argot,démotique,populaire, savante) de manière authentiquement poétique .N'en déplaise à Monsieur Théodorakis , nous sommes en face de véritables poétes qui nous plongent dans leur monde intime et pudique et nous fait partager leurs amours et leurs souffrances,leur vie et leurs tourments existentiels , la maniére de les fuir par le hasch mais aussi par la fête, la musique et l'amitié sincère.

Les rythmes sont du 2/4 pour les hassapika de 9/8 pour les zebeïkika mélangeant binaire et ternaire .Nous avons aussi quelques tsifteteli considérés par les rébètes comme lascifs et féminins et quelques rares danses grecques populaires.
La transmission du rebetiko est totalement orale. Peu de compositeurs savaient lire et écrire la musique. Pourtant nous avons à faire à une mélodie élaborée,constituée à partir de modes particuliers les dromi,et introduite par des taxim: improvisations libres non mesurées qui vont peu à peu introduire le chant .Ces longues improvisations seront hélas le plus souvent coupées lors des enregistrements(trois minutes obligent)

Avec le temps et des compositeurs comme Tsitsanis la musique deviendra plus occidentale :accords, harmonisations , modes majeurs et mineurs des gammes tempérées y font leur apparition.

Si les plus authentiques rebetika sont ceux des années 30 et plus particulièrement de l'année 1936
c'est dans les années 42-50 que le Rebetiko connaît son âge d'or avec des compositeurs comme Vamvakaris Tsitsanis, Papaioannou, Toundas, Hadjichristos, Batis Delias, Bayanderas, Chiotis et beaucoup d'autres accompagnés de chanteuses comme Roza Eskenazi,Rita Abatzi , Stelle Haskill, Marika Ninou etc... pour un corpus de 10000 chansons composées sur des modes musicaux particuliers se référant à la musique byzantine et à la musique grecque antique mais aussi enrichis d'apports tziganes, juifs ou arméniens un mélange unique d'orient et d'occident qui constitue l'essence même de la Grèce.
« Le chant rebetique est authentiquement grec,uniquement grec ! »C'est Hadjidakis (le compositeur des enfants du Pirée )qui s'exprime ainsi dans une conférence en 1949 restée célèbre qui pour la première fois donna ses titres de noblesse au rebetiko en le comparant à la « tragédie grecque antique par la simplicité et la clarté de sa forme qui reussit à lier dans une unité merveilleuse la poésie la musique et la danse! » Mais au moment où il fait sortir le rebetiko de l'ombre il précipite aussi sa fin car désormais embourgeoisé et touristique le rebetiko s'achemine vers une caricature de lui même. Dans les années 70,le Rebetiko ne résiste pas aux excès de ceux qui en ont fait un produit touristique et commercial en lui faisant subir des orchestrations outrancières,avec des bouzoukis surchargés d'ornements, électrifiés,auxquels après Chiotis, on a ajouté une quatrième corde pour jouer plus fort et plus vite dans des tavernes soit disant rébétiques,où on casse des assiettes en dansant sur des tables .Cependant, dès les années 80 de jeunes "compagnies avec des chanteurs comme Babis Goles,Nicolas Syros,Agathonas…nous restituent un Rebetiko des plus pur,pieusement conservé,que nous pouvons entendre aujourd'hui à coté des enregistrements des Rébètes repiqués des 78 tours des années 30-50.






02 mai 2011

Quelques bons CD de rébètiko

1 /"Songs of outlaws"The Greek Archives vol.11


2/“About Indian Cannabis “1928-1946 The Greek Archives

3/Rempetika songs of the greek underground 1925-1947
Trikont US-0293 2001 (2 cd)(www.trikont.de)

4/Toutes les compilations de Charles Howard JSB label:

2 CD Vamvakaris(Pireotika)Rembetika 5-Master of Rembetika 1932-1937
http://www.amazon.com/Rembetika-5-Master-1932-193-Markos-Vamvakaris/dp/B003ZJUIJG/ref=sr_1_3?ie=UTF8&qid=1286855359&sr=1-3


4 CD Tsitsanis Rembetika 3: Vassilis Tsitsanis 1936-1940 CD

2 CD Ta Mortika
Rembetika 2(4 CD): More Of The Secret History Of Greece's Underground Music CD


5/Η μεγάλη του ρεμπέτικου σχολή (i megali tou rebetikou scholi) Collection de 10 CD
(E-mail :palkogr@otenet.gr )

6/Τα ρεμπέτικα (Ta rebetika) 36 best original rebetika songs(2CD)
Fabelsound/Greece EMI
SET CD
724347874123
724347874222
724347874321

7/Σωτηρία Μπέλλου « Η αρχόντισσα του ρεμπέτικου »7
(Sotiria Bellou i archontissa tou rebetikou)
Lyra cd 3290

8/Babis Goles :Μια ζωή ρεμπέτικα (Mia zoï rebetika) CD 1et 2
Legend recordings 2201151462

9/Nicolas Syros Ξεχασμένο ταξίμι (xechasmeno taximi)
Edition Nefeli tél.+302103639962


10/SMYRNEIKO/ ”Memory of Smyrna” The Greek Archives vol.4

14 mars 2011

Roza Eskenazi ,vie réelle,vie rêvée.

Roy Sher,un jeune cinéaste israélien,tombé comme moi, par hasard dans la marmite du rébètiko, vient de faire un film, mi-documentaire,mi-fiction sur Roza Eskenazi,la grande chanteuse de smyrneïko et de rébètiko;le titre du film My Sweet Canary (Kanarit Metuka Sheli)est emprunté au titre d’une chanson que Roza ,dans ses mémoires, dit avoir écrite et qui fut un de ses plus grands succès :

Καναρίνι μου γλυκό
Καναρίνι μου γλυκό
συ μου πήρες το μυαλό,
το πρωί που με ξυπνάς
όταν γλυκοκελαηδας.

Έλα κοντά μου στην αγκαλιά μου
αχ ένα βράδυ στη κάμαρα μου.
Έλα κοντά μου στην αγκαλιά μου
να σε χορτάσω με τα φιλιά μου.

Αχ βρε ζηλιάρικο πουλί
συ θα με τρελάνεις,
με την γλυκιά σου τη λαλιά
σκλάβο σου θα με κάνεις.

Έλα κοντά μου στην αγκαλιά μου
αχ ένα βράδυ στη κάμαρα μου.
Έλα κοντά μου στην αγκαλιά μου
να σε χορτάσω με τα φιλιά μου.


Mon doux canari

Mon doux canari
Tu mes prends la tête
Le matin tu me réveilles
Quand tu vocalises doucement.

Viens près de moi dans mes bras
Ah ! un soir dans ma chambre
Viens près de moi dans mes bras
Que je te combles de baisers.

Ah! Cher oiseau jaloux
Toi tu me rendras fou
Avec tes doux gazouillis
Tu feras de moi ton esclave.

Viens près de moi dans mes bras
Ah !un soir dans ma chambre
Viens près de moi dans mes bras
Que je te comble de baisers.


Roy Sher s’est passionné pour l’histoire de Roza.Son caractère l’a intrigué car elle paraissait faible et possédait en même temps une énorme force intérieure; un modèle de femme comme on n’en trouve plus, dans une société patriarcale et un monde typiquement masculin l’archétype de la rébètissa cette femme qui fait tout comme les hommes tout en gardant son quant -à -soi et sa féminité extrême.

Le cinéaste a entrepris de fouiller dans la biographie de Roza ce qui constituait une tâche des plus ardues. Roza elle-même s’étant ingéniée à brouiller les pistes et à ne se souvenir que de ce dont elle voulait bien se souvenir, comme dans ce petit livre paru deux ans après sa mort en 1982 sous le titre: Ce dont je me souviens( Αυτά που θυμάμαι, Κάκτος, Αθήνα 1982)
Un livre constitué de témoignages, de photos, d’une longue interview de 1972, et du récit de sa vie, le tout rassemblé par Kostas Hadzidoulis et paru deux ans après la mort de la chanteuse.
Toute la difficulté vient de sa volonté de se rajeunir de vingt ans. Ce décalage induit alors deux vies de Roza celle qu’elle s’est bricolée, avec sa propre chronologie et la véritable. Car si Roza prétend, avoir vu le jour en 1910, sans toutefois en être très sûre,d’après sa belle fille Elvira qui vient de témoigner récemment il n’y a jamais eu de doute sur son âge : elle est née de manière certaine en 1890. D’autre part si Paraschos son fils a vu le jour comme elle le laisse entendre après 1930, il ne peut s’être marié en 1942 et avoir pris à cette même époque un restaurant avec sa mère. Roza dit aussi avoir travaillé à Thessalonique, chez Pik-Nik et à la Poire d’or (Chrisson Apidion) et on se demande alors à quel moment, puisque ses parents lui avaient interdit de continuer à se produire dès ses débuts au Grand Hotel et qu’ensuite elle est partie à Athènes. Elle ne dit pas pourquoi, ni quand elle a changé de nom et de prénom, pourquoi Sarah Skinazi est devenue Roza Eskenazi.


Roza Eskenazi,de son vrai nom Sarah Skinazi est née à Constantinople ,dans une famille juive sépharade. Elle a deux frères (Nissim, l'ainé, et Sami ) et une sœur, qui mourront tous avant elle. Son père Avram s'occupe d'un garde meuble.
A l'âge de sept ans, elle quitte sa ville natale avec sa famille pour Thessalonique. Ils y louent un petit meublé et pendant que ses parents Avram et Vida(devenue Flora lors de son entrée en Grèce) travaillent dans une manufacture de coton, Sarah est gardée par une jeune voisine instruite qui a improvisé une petite école afin que les enfants ne traînent pas dans les rues. Ainsi elle apprend à lire et à écrire. Elle ne fréquentera jamais une autre école.
Madama Skinazi ayant trouvé du travail comme domestique dans une famille riche de Komotini, Sarah, son frère et sa mère s’en vont vivre là-bas quelque temps tandis que le père reste travailler à Thessalonique.
Dans la petite maison qu’ils ont louée Sarah chante pendant quelle aide aux tâches ménagères. Un jour, le propriétaire d'un club turc local passe avec des amis sous sa fenêtre et l’entend chanter. Fasciné par sa voix il tape à la porte pour inviter celle qui chante à se produire dans la boite dont il est propriétaire. La mère de Sarah prend peur et repousse hors de chez elle ces hommes inconnus, scandalisée à l’idée que sa fille ou tout membre de sa famille se produise comme chanteuse de cabaret .A cette époque il n’y avait pas beaucoup de boites et y chanter était considéré comme honteux; Celles qui le faisaient partaient loin de leurs familles pour que des gens de leur connaissance ne le sachent pas. Ne voulant pas contrarier sa mère davantage, Sarah ne dit mot mais plusieurs années après cet incident, cet épisode demeurait gravé dans sa mémoire comme un tournant dans sa vie. C'est ce jour là en effet qu'elle avait décidé de devenir chanteuse.
De retour à Salonique nous sommes en 1912 la famille habite dans la même maison que des danseuses arméniennes qui se produisent au Grand Hôtel. Un jour, elles demandent à Sarah de les aider à porter leur baluchon jusqu'à leur lieu de travail;à cette idée Sarah saute de joie car elle va pouvoir enfin découvrir le monde du spectacle et conforter son rêve de devenir artiste. Elle ne se lasse pas de les voir danser avec leurs beaux habits luxueux .Rentrée chez elle , elle passe de longs moments devant sa glace à se déguiser et recopie la façon de faire des danseuses, elle prend des poses, fait des mines et esquisse de gracieux mouvements, mais surtout mémorise quelques chansons pour se constituer un petit répertoire, tant et si bien que quelques temps après elle va auditionner en cachette et se fait engager au théâtre. Lorsque sa mère l'apprend, elle est furieuse. Elle lui donne une bonne raclée et lui dit : « Non, non, tu ne deviendras ni danseuse ni chanteuse. Et j'irais m'en prendre à ces filles qui travaillent au théâtre et t'ont tourné la tête ! » Son père aussi s’en mêle. Ainsi Sarah doit stopper sa jeune carrière tout net, dès ses débuts. Mais la passion pour les « planches » reste intacte. Le destin qui veille prendra alors la forme d’une sœur de sa mère, une tante riche et compatissante qui habite Athènes. Elle n'a pas d'enfant et décide « d'adopter » Sarah. Toute la famille part ainsi habiter dans la capitale où Avram, le père, prend une petite boutique de change. Sarah est alors engagée comme danseuse, dans une troupe arménienne au Pirée dirigée par Saramous et Zabel mais très vite, parce qu'elle a une très belle voix on lui demande de chanter. C'est à cette période qu'elle change de prénom, sans doute pour échapper au joug familial. Peut être aussi parce que Sarah qui est une jeune femme libre a une liaison (elle, dit qu’elle s’est mariée) avec un acteur célèbre originaire de Cesarée de Cappadoce ,Iannis Zardinidis, un homme très instruit et beaucoup plus âgé qu’elle qui meurt peu après d’un excès de boisson en la laissant enceinte .La famille de Iannis est une famille de notables, un des parents est membre du Parlement.Ils sont gênés que leur fils se soit compromis avec une fille de mauvaise vie à leurs yeux, et qu' un enfant puisse naitre de cette union honteuse pour eux, ils la chassent. Roza, ne peut continuer sa carrière et s’occuper de son fils Paraschos .Elle le confie alors dès sa naissance à l’orphelinat St Archange à Xanthe. Peu de temps après une des sœurs de Iannis ayant décidé de donner à cet enfant une éducation digne de sa famille paternelle le fait sortir de l'orphelinat. Paraschos deviendra officier dans l’armée de l'air. Devenu adulte Paraschos retrouvera sa mère avec qui il se réconcilie pour un temps tout en lui reprochant de ne pas avoir beaucoup cherché à le retrouver; mais il faut dire qu’ayant une mère célèbre c’était plus facile pour lui. Il épouse Elvira une grecque d'origine anglaise dont il a deux enfants, Roza et Iannis.(à noter qu’il leur à donné comme cela se fait en Grèce le prénom des grands-parents) Mais Elvira le divorcera bientôt et déménagera en Amérique avec les enfants.
Paraschos se remarie à une femme très pieuse nommée Vassiliki, ensemble ils ont une fille Flora âgée de 50 ans aujourd'hui. Dans ses mémoires en 1972 Roza avouera son bonheur d'avoir un fils, une gentille belle-fille (de laquelle parle t-elle ?) et trois petits enfants. Paraschos mourra en 1984

La vie de Roza va prendre une toute autre tournure après sa rencontre en 1928 avec Panayotis Toundas.Elle nous raconte : « Je chantais et dansais au Tsitsifiés, ce soir là, une « boîte » en plein air, près du Pirée avec d'autres filles, Un soir Toundas, –un des meilleurs compositeurs de l'époque et directeur de la compagnie Odéon– était là et lorsque nous sommes descendues de l'estrade pour faire la quête, je suis passée à sa table. En lançant l'argent il m'a dit : « Où habites-tu ma fille? » Je lui ai répondu: « Tu en as de bonnes de vouloir savoir où j'habite? » Je ne savais pas qui il était et je croyais qu'il avait de mauvaises intentions à mon égard. Toundas s'est mis en colère et m'a dit : « Pourquoi tu me parles comme ça? » « Excusez-moi, Monsieur, » dis-je, « mais je ne vous connais pas, c'est pour ça que je vous ai parlé ainsi. » Enfin, Toundas m'a dit : « Je veux mettre ta jolie petite voix sur disque, je veux que tu chantes, moi dont c'est le métier je vais t'aider ! » Dès que j'ai entendu ça, je suis devenue comme folle, je sautais de joie à l'idée de faire un disque : je lui ai donné mon adresse. »
Le lendemain, Toundas arrive aux studios avec Semsis, dit le Salonikios ( il est de Salonique) le plus grand violoniste de smyrneïko de son temps.Il lui annonce qu'ils enregistreront un « Kalamatiano », elle se tourne paniquée vers Semsis « Je ne sais pas ce qu'est un Kalamatiano » Semsis la rassure : « Ce n'est pas grave, je t'apprendrai puis nous chanterons aussi un Tsamiko » Alors Roza se met à pleurer : « Je ne connais pas non plus le Tsamiko, je ne pourrais pas chanter ! » Roza enregistre pourtant son premier disque .Toumbakaris le directeur mythique de la Columbia est là, on est en septembre 1929 elle y chante: « Mantili kalamatiano » μαντιλι καλαματιανο (Mouchoir de Kalamata)et « kof tin Eleni tin elia » «Κόφ’την Ελένη την Ελιά» (Cueille l’olive à Hélène) ( un tsamiko : danse du Péloponnèse dansée, en chaîne, sur un rythme ternaire).Roza devient dès lors une des chanteuses fétiches de Toundas.
Pendant quinze ans, à partir de 1930 elle se produira avec un succès jamais démenti au Taygète une taverne de la rue Dorou à Athènes avec le trio Dimitri Semsis, Agapios Toumboulis et Lambros Léonaridis respectivement au violon, au oud et à la kemence .Avec eux elle fait aussi des tournées en Serbie, Egypte, Turquie et Albanie. Polyglotte, Roza chante aussi bien en grec, en turc, en Ladino (mélange d'espagnol et d'hébreu) et en arménien. Son répertoire ne se borne pas au rébètiko, elle interpréte aussi et surtout le smyrneïko, l'amané, le démotique, la chanson légère et, la chanson judéo-espagnole qu'elle contribua à faire connaître dans une tournée aux USA et dans un disque du 21 juillet 34 où elle chante aussi le fameux Canari qui deviendra un grand succès,une chanson inspirée d'un morceau turc appelé "Bul Bul" et adaptée par Semsis.
Dans les années 36-37 Tsitsanis qui est alors soldat vient d’enregistrer à la Columbia.sa virtuosité au bouzouki impressionne Toundas qui parle à Roza de cet instrument qu’elle ne connait pas vraiment et qui va devenir l’instrument emblématique du rébètiko grâce à Métaxas qui dirige le pays à l’époque et pense que les violons, santouris, ouds et kanouns de la chanson de Smyrne sonnent trop oriental pas assez grec. Roza jusque là a surtout chanté accompagné par ces instruments traditionnels. Tsitsanis de son côté qui a entendu parler de la fameuse Roza est impatient de l’entendre.il va l’écouter Taygète où elle se produit à l’époque et demande à la rencontrer. Elle l’invite chez elle – cette visite doit la marquer car elle se rappelle encore dans ses mémoires qu’elle lui a cuisiné des haricots ! Ils ne travailleront jamais vraiment ensemble mais se croiseront sur scène pendant des tournées comme à Constantinople où Roza se souvient combien les gens riaient en écoutant le nom Tsitsanis qui signifie souris (voire biceps)en turc .
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Roza Eskenazi est restée à Athènes où avec son fils Paraschos, elle a même ouvert un restaurant-club, rue Chateaubriand le Krystal, en 1942.Cette même année elle fait connaissance de sa future belle fille Elvira qui a 15 ans à peine. Grâce à elle,Paraschos peut offrir à Elvira une bague de fiançailles dont le diamant est aussi gros qu’une noix. Roza chante aux noces de son fils ainsi que Sophia Vembo et d’autres chanteurs de rébétika. Elvira âgée aujourd’hui de 85 ans se rappelle devant le micro de Roy Sher que Roza était rousse aux grands yeux verts qu’elle se maquillait avec du Khol et qu’elle avait beaucoup de charme. Elle se souvient de la mère de Roza, Flora qui avait alors 95 ans et qu’elle promenait dans Athènes. Elle mentionne qu’à cette époque Roza travaillait à Solon au Sereia et qu’elle avait un chien, un berger belge qui lui faisait le marché comme l’aurait fait un humain.Toute la famille habite rue Xouthiou près d’Omonia dans une pension parce qu’ils ne trouvent pas de maisons à louer.Elle se rappelle aussi combien Roza à pris son parti au moment de son divorce avec Paraschos mais également comment elle l’a exhortée à ne pas quitter son fils. Elle dit aussi qu’elle a été arrêtée et emprisonnée avec sa belle-mère à la fin de la guerre car les Allemands avaient compris que Roza les espionnait grâce à ses connaissances et rendait compte de leurs actions aux Anglais.Toutes les deux ont été sauvées par un officier grec Zigantes qui travaillait pour les Allemands et avait une histoire d'amour avec Roza qui a duré tout au long des années de l'occupation allemande."
Pendant la guerre Roza à aidé beaucoup de gens en difficulté en risquant sa propre vie. Il ne faut pas oublier qu'une juive riche et célèbre comme elle, pouvait représenter tout ce que les nazi haïssaient le plus. "En 1943, dit Roy Sher lorsque Eichmann est arrivé pour superviser la déportation des Juifs de Thessalonique et d'Athènes, une époque vraiment terrible a commencé. Cependant les Juifs d'Athènes ont réussi à se fondre dans la communauté grecque grâce à Damaskinos, archevêque d'Athènes, et Angelos Evert, le chef de la police d'Athènes, qui a émis de faux papiers pour les Israélites avec des noms grecs et les affidavits déclarant que les porteurs du document étaient des chrétiens orthodoxes. 1.000 juifs, dont Roza, ont reçu ces documents.
Roza ,son frère Nissim et sa famille ont trouvé refuge dans le même appartement qu’un autre juif Yitzhak Hazan encore vivant aujourd’hui. Après la guerre Nissim, émigrera en Israël à Holon où il est maintenant enterré. Sa petite fille Sarah Bejerano, vit là, mais ne sait pas grand-chose sur sa fameuse grand-tante Roza aux dires de Roy Sher.
En 1946 Roza enregistre deux rébétika de Marcos Vamvakaris en duo avec lui Καλόγερος ( Βαρέθηκα τις γκόμενες )(qu’il dit dans ses mémoires avoir écrit pour Rita Abatzi)

Καλόγερος

Βαρέθηκα τις γκόμενες
κοντεύω να τα χάσω
γι'αυτό και τ΄αποφάσισα
για να φορέσω ράσο

Όσα λεφτά οικονόμαγα
φράγκο δεν αποχτούσα
μαζί μ'αυτές τα χάλαγα
και ρέστος τριγυρνούσα

Μπελάδες και τραβήγματα
ξενύχτια φασαρίες
και ταχτικά τραβιόμουνα
και πλήρωνα αμαρτίες

Τώρα θ΄αλλάξω πια ζωή
δεν θα με λεν μπατίρη
και πάω για καλόγερος
σε κάποιο μοναστήρι

Moine

J’en ai marre des bonnes femmes
Je suis proche de perdre contenance
aussi j’ai résolu pour cela
de porter la soutane.

Tout ce que j’ai économisé
Un franc je n’ai pas devers moi
Avec celles-ci je me suis ruiné
Et suis redevenu sans le sous.

Soucis et ennuis
Nuits blanches pour des histoires
Régulièrement aussi je traîne
J’ai expié mes péchés

Maintenant je vais changer désormais de vie
On ne m’appellera plus « le fauché »
Car je vais devenir moine
Dans un monastère quelconque.

et Χρόνια στον Περαία ( Χρόνια μες στην Τρούμπα ) deux duo chez Odeon de Matsas.elle se produit aussi avec Vamvakaris et son frère cadet Argyros remarquable bouzoukiste qui fera une carrière aux USA.

En 1947 Roza rencontre lors d’un tour de chant à Patras son futur compagnon, un jeune gendarme en uniforme Chritos Philippakopoulos qui assiste à la représentation, Bien qu’il soit de 30ans son cadet ils tombent amoureux l’un de l’autre et resteront ensemble jusqu'à la mort de Roza. Elle travaille sans relâche. Elle enregistre avec tous les plus grands compositeurs de l'époque: Vamvakaris, Skarvélis, Asikis, Ogtontakis, Mikaïlidis, Papazoglou, Karipis, Gavalas, Péristèris, Giorgiadis, Mondanaris, Mitsaki, Chiotis. . Beaucoup m'ont aidée et j'en ai aidé beaucoup. »dit-elle dans ses mémoires.
Toundas m’a aidée à devenir la célèbre Roza.S’il n’avait pas été là je ne serais pas devenue Roza.Mais elle qui n’a jamais du entrer dans un établissement ou un théâtre pour demander du travail aidera à son tour de jeunes artistes.
Membre actif jusque dans les années 70, de la guilde des musiciens une association d’entraide mutuelle pour artistes sise à Agio Constantino, elle contribuera entr‘autre à la notoriété de Marika Ninou et de Stella Haskill deux jeunes chanteuse de rébètiko.
« La regrettée Ninou , dit elle dans ses mémoires c’est moi qui l’ai faite travailler. Elle venait travailler ici [à Athènes] après l’occupation et elle m’a entendu avec son mari .Elle faisait l’acrobate avec son fils [et son mari] dans un cirque. »
Je connaissais alors sa belle mère qui était arménienne, elle s’appelait Loutsika et elle m’a dit : « Tu ne prends pas Marika qui chante bien pour un boulot ? »
Je l’ai prise avec moi et je l’ai inscrite dans mon association et ensuite elle est allée travailler et elle a fait des disques à la Columbia où Chiotis l’a engagée. » Roza fait aussi connaitre Stella Haskill, une juive de Salonique qui en plus du rébétiko chante comme elle la chanson judeo-espagnole.
Bien que Roza ait effectué de nombreuses tournées à travers les Balkans, ce n'est qu'en octobre 1952 qu'elle commence sa première tournée aux Etats-Unis.Elle voyage sous le double nom Eshkenazi-Zardinidis et se déclare bizarrement apatride à la douane américaine. Là-bas elle est accueillie avec enthousiasme par la diaspora grecque et turque. Le voyage a été sponsorisé par le restaurant Parthénon à New York. Elle se produit à Chicago, à New-York et à Détroit, déplaçant des foules de spectateurs, réalisant des ventes record de disques. Là-bas elle rencontre Papaïoannou et Polly Panou qui se produisent dans d’autres cabarets qu’elle.
En 1955, l'imprésario albanais Ayden Leskoviku de la Société des Balkans Record l’invite à jouer et enregistrer à Istanbul, la ville où elle est née. Elle grave environ quarante chansons pour Leskoviku, et reçoit environ 5.000 dollars de royalties. Elle affirma plus tard que ses frais de performance et de conseil ont représenté dix fois ce montant.
De nos jours elle reste encore très populaire dans son pays natal, elle est considérée comme une chanteuse turque et ses disques sont en vente partout
En 1958 elle retourne en Amérique et décide de rester là-bas quelques temps. Mais pour obtenir les documents lui permettant de séjourner aux USA pendant une période prolongée, et d'obtenir un permis de travail, elle contracte un mariage blanc le 5 juillet 1958 avec un Américain du nom de Frank Alexander. Elle enregistre plusieurs disques et gagne une fois de plus beaucoup d'argent.Elle rentrera cependant en Grèce au bout d'un an et demi, pour y retrouver son grand amour le gendarme Phillippakis et passer avec lui le reste de son âge.
Elle achète une grande et belle maison à Kipoupoli (Péristeri une banlieue d'Athènes) Elle distribue de l'argent aux nécessiteux. En Grèce, Roza est devenue l'artiste la mieux payée de son époque et celle qui vend le plus de disques; Roza a enregistré plus de 500 chansons en Grèce et à l'étranger.En 1937 elle avait fait un enregistrement chez HMV à Constantinople pour lequel elle avait gagné 5000 dollars. Aux USA elle a gagné dix fois plus. Dans les clubs à Athènes elle touche 200 drachmes par soirée alors que la livre vaut 20 drachmes « J’ai toujours eu de l’argent, dit-elle dans ses mémoires, mais je l’ai dépensé en vêtements luxueux et en bijoux en or. Les vêtements luxueux et les bijoux de valeur me plaisaient et ça ma plait encore de les porter. De tant d’argent que j’ai gagné je n’en ai pas gardé beaucoup, parce que je n’ai pas beaucoup de tête .Parce que si j’avais de la tête, j’aurais une encore plus grande fortune. Et encore je n'ai pas à me plaindre, j'ai ma maison, mes voitures, mon confort, mes bijoux en or, j'ai tout ».
Un jour,au café des musiciens, Papaioannou et Xiotis deux grandes stars du rébètiko ont rencontré Roza et se sont mis à bavarder avec elle « Aimerais –tu être jeune, pour recommencer une carrière »lui lance Xiotis « Je voudrais être jeune lui répondit Roza mais d’autre part je n’aimerais pas car il se peut que je ne devienne pas de nouveau la fameuse Roza » Quelle plus belle preuve de réalisme voire de prophétisme car dans les années 60 le rébètiko va connaitre une éclipse.
Pour subsister, Roza achète avec Philippakopoulos deux camions et lance une petite entreprise de transport (Philippakopoulos conduit les camions ) ;cela lui assurera des revenus jusqu’à sa mort. Dans son vieil âge elle recevra même une pension du syndicat des chauffeurs de camion.
Mais Roza est isolée et coupée de la culture et de la musique qui se développe en Grèce à cette époque, plus personne ne se souvient d'elle; c'est d'ailleurs le cas pour la plupart des rébètes. Au milieu des années 60 elle enregistre pourtant chez RCA deux 45 tours avec des chansons qu’elle chantait dans les années 30.
En 1970, après la chute de la junte militaire en Grèce, le rebetiko connait un renouveau et Roza retrouve la faveur du public. Son répertoire est interprété par de jeunes chanteuses comme Charis Alexiou, qui chanta quatre chansons de Roza Eskenazi sur son premier album en 1975 et la fait venir à ses côtés la même année dans une émission de télévision.Vêtue de ses vielles robes et de ses bijoux chéris. Roza y interprète en direct "Hariklaki" et "Dimitroulla," avec une voix encore bien audible, juste un peu moins fine qu'à son apogée. Malgrè son âge sa vivacité est surprenante.Elle se produit encore en concert jusqu'à la fin des années 1970 où elle cesse définitivement de chanter en public, elle donne son dernier concert à Patras en septembre 1977 où des Fans de tous âges sont venus la voir chanter et danser comme témoins d’un passé disparu.
Le dernier chapitre de la vie de la légendaire Roza Eskenazi est très triste.
Déjà en 1968, Philippakopoulos la trompe avec Voula ,une grecque d'Athènes,qu’il épousera après la mort de Roza. Roza ne saura jamais rien de cette liaison.
En 1977 elle commence à souffrir de la maladie d'Alzheimer. On peut la voir fouiller dans les poubelles non cause de la pauvreté, mais à cause de sa maladie. Elle se perd dans Athènes.Un jour Hatzidoulis, le journaliste qui s'était occupé du retour de Roza sur scène raconte qu'un jour, il a appelé le fils de Roza et lui dit que sa mère avait disparu depuis trois jours, et pourrait avoir été assassinée."Que voulez-vous que je fasse?" répondit le fils, tandis que sa femme lui hurlait de raccrocher.
Roza voit son fils de temps en temps mais n'a pas noué avec lui une relation vraiment affectueuse.
Dans les dernières années, Roza vit seule dans sa maison de Kipoupoli, entourée de dizaines de chiens et de chats errants qui dormaient dans les lits et les placards, comme s’en souvient Flora, sa petite fille.
Un écrivain de Thessalonique, féru de rébètiko, Dinos Christianopoulos dans Destins brisés –(Η Κάτο Βόλτα) nous raconte cet épisode de la vie de Roza et comment alors qu'elle souffrait d'Alzheimer, ses dernières années furent soulagées par ce gendarme de Corinthe qui avait été son admirateur. Dans les dernières années de Roza, Philippakopoulos est passé du statut d’amant à celui d’infirmier. En 1980 Roza tombe chez elle et se casse la hanche elle est hospitalisée 3 mois et Philippakopoulos s’occupe d’elle jour et nuit.Elle rentre à la maison mais attrape une infection et meurt le 2 décembre 1980.A sa mort les enfants de Philippakopoulos sont les seuls héritiers des biens de Roza. Jusqu’à présent malgré sa notoriété sa famille ne veut plus avoir à faire avec elle.Car certains, la considèrent encore comme une femme de mauvaise vie.
Philippakopoulos la fait enterrer à Stomio, dans son village, un endroit calme et pittoresque, sur le golfe de Corinthe, lui-même se fera enterrer dans une tombe à côté. Le grand rabbin d'Athènes voulait que le service funèbre soit celui d’une Juive Mais elle fut enterrée comme une chrétienne. Car au moment de l’inhumer, Christo Philippakopoulos a produit un certificat de baptême, et il s'est avéré alors que Roza Eskenazi, s’était (ou plutôt avait été convertie) au christianisme trois ans avant sa mort au moment où elle souffrait d'Alzheimer…
Quelqu'un qui avait tant donné de son talent au monde entier et avait été aimé par des gens de toutes nationalités, reposait sous un simple monticule de terre sans qu’aucun nom ne soit gravé sur sa tombe.
En 2008, 28 ans après la mort de Roza, lorsque le neveu de Phillipakopoulos a été nommé à la tête du comité culturel du village, il a finalement fait placer une pierre tombale avec le nom sur sa tombe, dans l'espoir d'attirer les touristes.
De toute façon, la vie de Roza tient autant de la légende que de la réalité, légende d’une star mythique dont la longue vie n'a aucunement fait pâlir l'étoile.
"Eskenazi est une icône culturelle, et je ne comprends pas pourquoi elle n'a pas pénétré le canon grec et pourquoi personne n’a préservé son répertoire musical. Elle ne reçoit pas la reconnaissance culturelle et historique qu'elle mérite en tant que musicien et artiste de la scène. Je ne parle pas de la personne d'Eskenazi en Grèce parce que vous entrez dans n'importe quel magasin et trouvez quelques-uns de ses disques, et c'est la même chose en Turquie. Sa voix poignante a une qualité particulièrement obsédante. La vulnérabilité de sa voix est communiquée directement à l'auditeur dans ses interprétations, une qualité qu'elle partageait avec Edith Piaf et Billie Holiday. Chaque fois qu’elle a chanté c’était un événement unique qui ne pouvait avoir eu lieu qu’au milieu de circonstances spécifiques culturelles, historiques et géographiques que j'essaie de montrer dans le film. Aucune voix n’est aussi puissante. Quand elle chante, on entend dans sa voix le mélange du turc, grec et le ladino, au milieu de toutes les influences et les cultures que cette femme incarnait. » Nous dit Roy Sher. En Janvier, il montré une version abrégée de 30 minutes de son film à la compétition de David Perlov documentaire commémoratif à la Cinémathèque de Tel Aviv, où il a été très bien accueilli. Roy Sher a également organisé un hommage musical marquant le 30e anniversaire de la mort de Roza Eskenazi, dans le cadre du 12ème Festival de la semaine du film à Salonique, dans lequel les musiciens en provenance d'Israël, de Grèce, de Turquie et d'Angleterre ont pris part. Il prévoit d'ajouter des images de cette performance à son film qui devrait sortir au printemps 2011.Dans le film c'est Yasmine Levy qui chante les chansons judéo-espagnoles que chantait Roza.



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